Qui sommes-nous ?

Qui sommes-nous ?

Les membres fondateurs/trices de troubles fête malgré nous se connaissaient, parfois depuis longtemps, comme participant.e.s du mouvement syndical (CGT, SUD, CNT, etc!), ainsi que, pour plusieurs d'entre eux et elles, d'organisations politiques libertaires ou encore marxistes. Nous nous sommes rencontré.e.s avant tout via les différentes luttes sociales auxquelles nous avons participé : mouvement des chômeurs/euses, soutien aux sans-papier.e.s et demandeurs/euses d'asile, luttes étudiantes pour une fac accessible à tou.te.s et ouverte, mouvements contre les réformes successives des retraites...

Nous nous sommes cependant découvert.e.s, sur le tard, partager un autre sujet en commun : un sujet dont on ne parlait pas dans nos milieux militants non plus.
Un sujet dont nous n'avions également jamais parlé entre nous auparavant : les violences sexuelles incestueuses.

Si nous avons décidé de nous constituer en collectif de victimes et de proches de victimes, ce n’est pas pour concurrencer les structures déjà existantes, mais pour combler un manque. La plupart de ces structures s’intéressent d’abord à recueillir la parole des victimes, à aider à leur reconstruction individuelle et à faire émerger une connaissance scientifique, principalement psychologique et quantitative, sur l’ampleur des violences. C’est un travail nécessaire et très important, mais à notre avis pas totalement suffisant : nous refusons que les victimes soient perçues uniquement comme des « cas » individuels, qui auraient en somme à
se « guérir » d'une maladie.

Nous considérons que les violences sexuelles incestueuses sont AUSSI un problème collectif et donc politique, qui s'inscrit dans cet ensemble plus vaste que des féministes ont appelé la « culture du viol » de notre société. Nous affirmons que ces violences constituent, pour reprendre le propos de l'anthropologue Dorothée Dussy, « le berceau des dominations ». Pour lutter efficacement contre elles il faut combattre le sentiment d’impuissance des victimes et le sentiment d’impunité des coupables, en développant une solidarité et une action collectives. Lutter contre les violences sexuelles incestueuses c’est lutter contre la loi du silence en faisant entendre collectivement notre voix, dans une perspective que nous voulons progressiste.

Pour nous contacter : collectifcontrelincestelyon@gmail.com


dimanche 3 décembre 2017

Lettre ouverte aux “psys” à propos des victimes de violences sexuelles incestueuses

Nous avons distribué cette lettre ouverte lors de plusieurs conférences du CRIAVS (Centre Ressource pour les Intervenants auprès des Auteurs de Violences Sexuelles), délégation de Lyon, en 2016-2017, ainsi que lors du congrès français de psychiatrie 2017, qui se tenait à Lyon.
Nous continuons à la distribuer selon les occasions qui se présentent à nous (colloques, conférences, etc, à destination de, ou réunissant, des "psys").



Madame, Monsieur,


  Par “psys”, nous entendons médecin psychiatre ou infirmier(e) psychiatrique, pédopsychiatre, psychothérapeute, ou psychologue que vous soyez  en exercice ou encore en formation.

   Si vous êtes de ceux ou celles qui pensent ne pas être concernés par le sujet des violences sexuelles incestueuses, vous vous trompez.
   En effet au cours de votre vie professionnelle vous rencontrerez à coup sûr des personnes ayant subi le traumatisme des violences sexuelles incestueuses car ces personnes ressentent un tel mal être qu’elles se tournent vers vous en espérant que vous pourrez les soulager de leur souffrance. Ces personnes ne se souviennent pas forcément des violences qu’elles ont subies. C’est l’effet que peut avoir un tel traumatisme. Ce n’est pas pour cela qu’elles n’ont pas existé. Si lors des séances avec ces personnes  vous ne cherchez pas de ce côté, vous pourrez passer complètement à côté des véritables raisons de leurs problèmes et vous ne pourrez donc pas les aider à se sentir mieux. 

   Si vous êtes pédopsychiatre et qu’un enfant se retrouve dans votre cabinet, des violences sexuelles incestueuses peuvent être à l’origine de son état. Il faut y penser parmi vos hypothèses explicatives.
Sortez des stéréotypes familiaux. Il n’y a pas que les divorces qui perturbent un enfant. Si vous estimez que la place du père est importante, méfiez-vous que cela ne masque pas les cas où ça  peut justement être lui le problème. Dans le cas des enfants, passer à côté du problème revient à les laisser aux mains de leur agresseur (père, frère, cousin(e), grands-parents, mère, etc.)      

   Si vous pensez à juste titre être concerné par ce sujet, mais que vous estimez ne pas avoir besoin de formation particulière, vous vous trompez également. Il y a des points communs aux souffrances de ces personnes et vous devez les connaître et être formé  pour les soigner efficacement. En premier lieu vous devez les traiter comme des personnes ayant subi un grave préjudice et non pas comme des malades. En étant éclairé sur le sujet, vous éviterez les erreurs de diagnostic. Par exemple de diagnostiquer une schizophrénie à une victime de violence sexuelle incestueuse comme nous avons plusieurs cas autour de nous. Vous n’essayerez pas de soigner ces personnes en les bourrant de médicaments. Vous ne penserez pas que les victimes d’inceste exagèrent leur souffrance et leur mal être et qu’elles exagèrent la place que ceci occupe dans leur vie et leur enfance. 

  Les psychothérapies de victimes d’inceste, que l’on peut qualifier de “meurtre psychique”, sont proches de celles de victimes de torture, pour lesquelles vous reconnaîtrez sans difficulté qu’il faut une formation spécifique. 

  Peut-être faites-vous partie de ces psys qui ne se sentent pas concernés ou ne cherchent pas à se former à cause de leurs émotions, c’est à dire parce qu’en réalité leur réaction serait plutôt de fuir un sujet qui les angoisse. Vous ne pouvez pas en rester là : il vaudrait mieux que vous vous formiez et que vous étudiiez le sujet plutôt que de fuir cette angoisse. 

  De nombreuses théories en vogue peuvent également altérer votre jugement : Le fantasme oedipien, le tabou de l’inceste, les faux souvenirs, le SAP (Syndrome d’Aliénation Parentale), l’inceste serait une non acceptation de la différence des générations, l’inceste serait réservé à certains milieux sociaux, etc.

  Prenez garde que le fantasme oedipien, théorie freudienne supposant l’existence d’une attirance sexuelle de tout enfant pour son parent de sexe opposé, et qui évacue la responsabilité de l’agresseur en cas de violence incestueuse, ne vous amène à ignorer ou sous-estimer le traumatisme réellement subi par l’enfant. 

   Vous pensez peut-être que l’inceste est un tabou. Un tabou bien superficiel en réalité au vu des chiffres : 1 à 2 femmes sur 100 a subi des violences sexuelles incestueuses dans son enfance en France métropolitaine (enquête CSF, INED-INSERM, 2006).

    Les violences sexuelles dans l’enfance peuvent être source d’amnésie traumatique et les victimes ne retrouver la mémoire que longtemps après. Une méconnaissance de la mémoire traumatique fait que les victimes qui ont des réminiscences traumatiques ne sont le plus souvent pas crues et qu’on leur renvoie qu’il s’agit de “faux souvenirs”. 

    Vous pourriez avoir l’idée que les enfants qui disent ces choses sont manipulés par un parent alors que c’est important pour leur protection de les croire. Ou qu’il ne faut surtout pas séparer un enfant de sa famille et qu’un parent agresseur reste bon pour l’enfant. C’est à cela que mène la théorie du “Syndrome d’Aliénation Parentale”.

   L’utilisation fréquente de concepts comme celui de “famille incestuelle” ou “inceste émotionnel”, ces choses qui in fine atteindraient toutes les familles ou presque et qui n’ont rien à voir avec le viol ou les violences incestueuses constitue une dénégation de l’inceste réel et nous la dénonçons.

    La théorie selon laquelle l’inceste serait une confusion des générations est très en vogue également. En y adhérant, vous occulteriez les rapports d’autorité et de violence (conjugales y compris) régnant au sein de ces  familles qui ont certainement plus à voir avec la réalité des violences incestueuses.

   Et enfin, contrairement à ce que vous pourriez éventuellement imaginer, les violences sexuelles incestueuses ont lieu dans tous les milieux sociaux, y compris le vôtre.

    Toutes ces théories erronées et ces manquements conduisent à l’isolement des victimes qui de ce fait ne peuvent en parler nulle part. 

    Nous, victimes et proches de victimes, tenons à vous faire part du manque énorme d’efficacité des soins psys actuels vis à vis des victimes de violences sexuelles incestueuses ainsi que de l’absence de soutien aux proches.
    Nous déplorons par-dessus tout l’absence de structures d’accueil et de soins adaptées et spécifiques pour la prise en charge des victimes, avec du personnel formé, alors qu’il en existe pour les auteurs de violences sexuelles par le biais des CRIAVS et qu'il existe également des centres spécialisés pour les victimes de tortures.
   Nous souhaitons interpeler l’Agence Régionale de Santé Rhône Alpes sur l’absence de telles structures dans notre région.


« Trouble-fête malgré nous »
Collectif contre l’inceste Lyon
collectifcontrelincestelyon@gmail.com

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